Animateurs

Nos convictions :

On doit trouver de nouvelles solutions pour garantir la santé de nos plantes et celle de la biodiversité.
On doit rendre aux cultivateurs leur liberté, leur droit à l’indépendance.
On doit leur fournir des connaissances ou des méthodes, pas des produits.
Que l’adversité mène au combat perpétuel.
Qu’après l’individualité, l’humain doit tendre à la fraternité
Que la tolérance, le respect et la communication son les clés de solutions durables.
Que la matière n’est pas la seule solution pour notre avenir.
Que l’humain doit se relier a ses capacités intérieurs, celle qui lui donne la main verte par exemple.
Que chacun doit agir, mettre en pratique, plutôt que d’en parler.

Aimé Dubois :

Une belle histoire de rencontre des ses perceptions et des bienfaits qu’elles apportent.

Aimé Dubois :  Géobiologue ,  énergéticien , bonne expérience du Jeûne.

Formation en géobiologie :

Commencée en 2002 avec le développement du ressenti au bout des mains (je n’utilise ni pendule, ni baguettes).
Malgré une utilisation régulière dans des cas simples, comme l’harmonisation des maisons, jardins etc… ce n’est que pendant la formation à la géobiologie quantique avec J-P Martinez (en 2010-2011) que j’ai réellement ouvert un très grand champs de possibilités, et compris l’importance de l’environnement dans chaque situation. Les techniques acquises sont très performantes.

Recherche de la voie :

Pour aborder ces nouvelles pratiques, on ne change pas de technique, on change de point de vue.
Pour y arriver, il est nécessaire que son propre corps et ses structures internes évoluent, se transforment pour mieux aborder le subtil du vivant.
15 ans de développement personnel intense m’ ont déchargé de beaucoup de poids inutiles.
C’est dans une harmonie et une paix intérieure que l’on peut profiter pleinement de ses sens pour découvrir une nouvelle voie et sa voie.

Ce que je n’aurai jamais imaginé :

Je ne me reconnais pas moi-même, si il y a 15 ans j’avais observé un collègues faire ce que je fais aujourd’hui…je dirai comme mes voisins…il est fou.
Et pourtant je n’ai jamais été aussi lucide, dans tous ces essais mis en place surtout ces 10 dernières années, je remarque une évolutions impressionnantes des résultats.

 

Tous ceux qui ont déjà fait un petit tour en nature avec moi reconnaitront ce lieu paisible et tranquillisant .

Découvrir les différentes forces dans la nature, ressentir certain lieux, certains phénomènes, réaliser les liens entre nous et les incidences géobiologiques.

Prendre contact avec son arbre, apprendre à communiquer avec la nature

Écouter, sentir, toucher …. développer ses sens.

Prendre conscience du temps, apprendre la patience

 

 

 

 

 

 

Important, savoir être à l’écoute !

 

 

 

 

Entreprendre à la frontière entre visible et invisible : Intuition, intention, et expérimentation.

Rédactrice : Leila Chakroun

À l’occasion du colloque organisé à Lausanne en décembre, 2017 sur les agricultures alternatives[1] nous cherchions un lieu où nous rendre ensemble pour clore par une visite nos réflexions au prisme de la façon dont ces dernières mêlent spirituel et scientifique. Le nom de Pierre-Alain Indermühle s’est vite imposé comme la figure représentant le mieux la capacité des acteurs suisses romands à puiser dans de multiples registres et à faire des ponts entre différents univers. N’adoptant cependant que ce qu’il a besoin et ce qu’il trouve adapté à sa propre vision, Pierre-Alain Indermühle n’en reste pas moins unique dans la manière dont il se les approprie, les personnalise, et réalise ce faisant ce que l’on pourrait designer comme un « syncrétisme sélectif ». Il affirme en effet ne s’inscrire strictement dans aucun courant, s’octroyant ainsi le droit de faire des mélanges souvent audacieux. Il combine avec une grande liberté son héritage paysan – son père était agriculteur – avec des aspects moins conventionnels qu’il a découverts lors de différentes formations, en agriculture biodynamique, en agriculture naturelle et en permaculture, mais aussi des formations au chamanisme et de thérapeute-énergéticien. Il en est ainsi arrivé à soigner ses vignes avec des techniques thérapeutiques originellement destinées aux humains, ce qui surprend encore tant les thérapeutes que les agriculteurs. Il est de plus au centre de multiple associations et au cœur de nombreux réseaux en Suisse romande : formateur, notamment en permaculture, producteur de vin naturel, éditeur d’un agenda lunaire, porteur d’un projet de vente en ligne de produits naturels. Il a incontestablement un goût marqué pour l’expérimentation, voire pour le « bricolage », puisant ça et là des ressources de tout ordre au moyen desquelles il façonne et ajuste inlassablement une approche bien à lui, mais loin cependant de n’être que pour lui.

L’ayant auparavant rencontré à plusieurs reprises dans le cadre de mon terrain d’étude de thèse, j’ai pu, au fil des rencontres, identifier que son approche se démarquait dans le milieu de la permaculture. Je l’ai entendu la première fois en novembre 2015 dans le cadre de formation « officielle » en permaculture, qualifiée Permaculture Design Certificate (PDC)[2], à laquelle je prenais part avec une vingtaine d’autres personnes intéressées. Alors que d’autres enseignants se focalisaient plutôt sur les aspects agroécologiques et paysagers, il y enseignait, à partir de son expérience, ce que signifie et implique de faire communauté tant au niveau existentiel qu’à un niveau très pratique, organisationnel et financier – « la permaculture ne s’arrêtant pas au jardin ». Il y proposait de définir la communauté comme « un mode de fonctionnement qui privilégie le nous au je, un cadre qui permet d’expérimenter la nécessité d’avoir un cadre et des règles pour que chacun y trouve sa liberté sans déranger l’autre, une responsabilisation personnelle sur le fonctionnement du lieu, [tout en acceptant que] chacun est responsable de la communication, et que chacun est responsable de son bonheur ». Il avait subtilement abordé l’importance du soin – à soi-même et aux autres – pour régler cette tension entre liberté, communauté et épanouissement. Ce n’est cependant que bien après que j’ai compris à quel point cette notion était centrale dans sa démarche. De manière générale, ce premier aperçu ne m’avait pas laissé soupçonner les multiples facettes du personnage que j’ai découvert à la suite des différentes autres rencontres. J’ai en effet pris part, en tant qu’observatrice, à trois journées organisées en mai 2017 dans le cadre du « diplôme en permaculture appliquée » – formation pratique de minimum deux ans, en tutorat, proposée à la suite du Permaculture Design Certificate dans l’optique de devenir formateur reconnu en permaculture. Pierre-Alain était inscrit dans un cursus de ce type – cursus qu’il a achevé avec succès en avril 2018 en Sicile. Ces trois journées étaient des étapes importantes de son parcours : début mars, la rencontre réunissait des apprentis dits « en milieu de parcours » et les invitait à soumettre les avancées de leurs projets respectifs avant de le défendre devant une « académie de permaculture »[3]. La Suisse n’ayant pas encore, à ce moment-là, d’académie propre, les futurs diplômés étaient en lien avec l’Académie italienne de permaculture pour la validation de leurs diplômes. La venue de représentants de cette académie dans le canton de Vaud était la raison de la rencontre qui a eu lieu fin mars 2018 : clarifier les liens entre cette académie et les futurs diplômés suisses, qui jusqu’à présent avaient été flous, voire compliqués. Cette rencontre de deux jours a également eu comme conséquence de mettre en lumière les différentes approches existant au sein des acteurs de la permaculture suisse romande, et m’a offert, entre autres, un meilleur aperçu de Pierre-Alain au sein de ces dernières. Sa recherche constante d’alignement et son esprit libre – il n’a pas hésité à affirmer des positions parfois à contre-courant pendant les différentes séances – ont suscité ma curiosité quant à ses pratiques quotidiennes de la permaculture. Ainsi, après ces différentes rencontres, d’abord comme formateur en 2015, puis à l’occasion du colloque en 2017, j’ai décidé d’aller seule et pendant un weekend m’imprégner du lieu et du personnage de Pierre-Alain Indermühle[4]. Il avait pour l’occasion soigneusement préparé les éléments qu’il voulait aborder : ses sources d’inspiration et ses expériences pratiques et/ou mystiques. Sa capacité à se raconter a grandement influencé mon rôle durant cette rencontre : j’ai été invitée à me laisser porter et suivre ce qu’il avait à dire et à me faire vivre, et je ne peux honnêtement affirmer avoir « conduit » un entretien avec lui. Dans ce face-à-face, il s’est permis d’aborder des aspects plus intimes de sa démarche et m’a proposé de découvrir par mes sens son lieu de vie et de travail.

Pierre-Alain Indermühle a débuté son métier d’agriculteur en 1978, et s’est établi depuis 40 ans sur la commune de Bex dans le canton de Vaud, à la frontière avec le canton du Valais, en Suisse romande. Son domaine, et ceux de ses rares voisins, sont entourés de montagnes imposantes. Pierre-Alain réside dans une ancienne ferme rénovée, à quelques minutes à pied de ses 4 hectares de vignobles. Bien que certifiés « bio Bourgeon et Demeter[5] », il serait inadéquat de les réduire à cette étiquette. Il serait d’ailleurs tout aussi réducteur de présenter Pierre-Alain uniquement comme viticulteur. Son domaine agricole se compose en effet de plusieurs petites parcelles, adjacentes aux vignobles, sur lesquelles il cultive, mélangés, différents légumes, arbustes et arbres fruitiers. Ses cultures d’épeautre, de maïs et de poireau, qui poussent entre les rangées de vignes, sont expérimentales et leur production n’est pas destinée à être vendue. Les légumes et les fruits sont principalement destinés à sa consommation personnelle et celle des nombreuses personnes qui gravitent autour de son domaine : trois jeunes adultes qui sont employés de manière semi-permanente et partagent une partie de la vie en « communauté », un civiliste, un ou deux stagiaires professionnels qui fluctuent au gré des contrats, et entre deux et six volontaires[6] qui résident là-bas au moment de pics saisonniers de travaux au champ. Le vin par contre, après vinification par ses soins, est distribué par deux canaux principaux : la vente directe, dans son petit marché à la ferme, et via la plateforme Internet « Le Shop Bio », qu’il a lui-même créée. Sur cette plateforme un grand choix de produits alimentaires certifiés bio ou biodynamiques (Demeter) est disponible, ce qui permet aux clients de faire leur commande en ligne et de se faire livrer, par Pierre-Alain lui-même. Dans la myriade de projets parmi lesquels il navigue, il serait plus juste de le qualifier d’entrepreneur, au sens étymologique et sociologique du terme : une personne qui entre-prend, « c’est-à-dire qui a prise sur, ou es pris[e] entre les différents univers, objets, logiques… » (Bergeron, Castel et Nouguez, 2013). Bergeron, Castel et Nouguez proposent de qualifier d’« entrepreneurs-frontière » ces acteurs ayant développé « une capacité à se tenir à la frontière de plusieurs univers et à entretenir de multiples identités, ou a minima, des présentations de soi, qui peuvent épouser les logiques de différents univers » (ibid, 272).

Dans une volonté d’indépendance par rapport à un système dont il ne partageait pas toutes les valeurs, il n’a, pendant près de 10 ans, pas perçu les paiements directs[7] auxquels il aurait pu prétendre – une situation qui l’a obligé à être créatif et à développer des stratégies pour faire perdurer son exploitation. S’il a pendant près de vingt ans fonctionné seul, il a désormais réorganisé la gestion de son entreprise agricole en différentes associations, en plus du « Shop Bio ». Chacune de ses associations lui permet de générer un revenu complémentaire aux paiements de la Confédération, qu’il reçoit désormais. Parmi elles, « Terre de vie »[8] désigne le domaine et regroupe le petit collectif évolutif qui réside et travaille sur place. Elle est aussi l’appellation sous laquelle est commercialisé ce qui est produit sur le domaine. La Fondation Écojardinage réunit, quant à elle, des personnes principalement intéressées à la formation, en particulier celle de la permaculture. A travers cette fondation et en collaboration avec d’autres permaculteurs de la région, Pierre-Alain coorganise chaque été depuis 2012 un Permaculture Design Certificate chez lui, à Bex. C’est le moment de l’année où le collectif s’élargit et devient à proprement parler une « communauté », partageant la totalité du quotidien pendant près de quinze jours. Durant ces formations, il souhaite transmettre la vision et les outils qu’il a pu acquérir tout au long de son parcours d’agriculteur, de permaculteur, mais aussi de thérapeute. Un message-clé de ses formations est qu’il propose les concepts et les actions de l’attention et du soin pour penser la médiation entre les humains, la nature et le reste de l’univers : « Si tu as de l’attention, tu as un contact incroyable. Si tu en as peur, ça crée autre chose. Tu peux avoir l’illusion que certains ont moins besoin d’attention, mais à un moment donné même la plus grosse brute a besoin d’attention ». En parlant des formations de thérapeute qu’il a suivi, il souligne : « J’apprenais pour les humains, mais j’essayais d’appliquer les soins sur mes vignes. Et j’ai toujours transmis ce que j’apprenais au végétal ». Son parcours a en effet évolué au gré des soins qu’il a reçus, des soins qu’il a donnés et des soins qu’on lui a conseillé de faire, pour lui ou pour ses vignes. Naviguant entre différents univers par le soin, Pierre-Alain, dans son mode d’être et d’action particulier, apparaît comme ce que je propose de qualifier d’ « entrepreneur-thérapeute ». Ce qualificatif est à comprendre comme un mode particulier de l’entrepreneur-frontière (Bergson, Castel & Nouguez, 2013).

Pour l’entrepreneur-thérapeute, le soin s’incarne et s’expérimente, tout comme l’entier de sa démarche. Après une première discussion, toujours lors de notre face à face d’avril 2018, il m’a ainsi proposé d’expérimenter et de ressentir les éléments qu’il avait rapidement évoqués. Il semblait moins vouloir expliquer ses choix que de me donner accès aux ressentis qui l’ont progressivement amené à bricoler une démarche à son image. Son message était clair : certains aspects et expériences restent indicibles ou du moins gagnent à ne pas être verbalisés. C’est d’ailleurs par ce souci de conserver toute la subtilité du monde invisible que Pierre-Alain s’est ouvert à d’autres formes de communication que le langage parlé, qui, selon lui, manque parfois de subtilité. Il privilégie ainsi le ressenti et l’expérience sensible, que ce soit lors de sa pratique agricole quotidienne dans sa communication avec les différentes entités du monde vivant, ou lorsqu’il communique cette même pratique à des intéressés, lors de formation par exemple. Nous sommes ainsi, sur son initiative, montés depuis sa maison jusqu’à la petite colline qui la surplombe et depuis laquelle un paysage surprenant s’offre au contemplateur : des vignes et des pâturages en enfilade jusqu’aux falaises rocailleuses. Alors que j’étais absorbée par ce paysage, Pierre-Alain m’a proposé de m’asseoir aux côtés du seul arbre ponctuant la colline, de fermer les yeux et de ressentir l’énergie particulière qui y règne. Quelque peu frustrée de devoir faire fi de ma vue, j’ai fait l’expérience par mes quatre sens restants de la double nature de ce lieu. Il semblerait en effet que ce soit pour lui moins un point de vue, qu’un point d’invu, voire d’imprévu, d’où l’importance de fermer les yeux et de laisser venir à soi des sensations. Ce mouvement de paupière, pourtant anodin, m’est alors apparu comme fondamental dans une démarche qui souhaite éprouver les aspects invisibles et concilier avec l’imprévisible. C’est du moins le message que j’ai gardé de l’expérience – silencieuse, presque méditative – de ce lieu cher à Pierre-Alain.

C’est d’ailleurs bien la prédominance d’aspects invisibles qui unit les différentes pratiques et expériences de Pierre-Alain. Il a dû apprendre à « capter » ces aspects par un autre moyen que la vue, afin de pouvoir mieux les appréhender et d’agir non pas sur mais avec eux. L’invisibilité n’est cependant pas toujours du même ordre. Par exemple, les caractéristiques de ses sols, invisibles à l’œil nu, nécessitent certaines techniques et outils pour être rendus visibles. Cependant, ce que Pierre-Alain désigne généralement par « invisible » est ce que rien ne peut rendre visible. Ce sont des éléments plus spirituels, avec lesquels il n’est possible de dialoguer que par une grande sensibilité, aiguisée par des années d’expérience. Il va ainsi établir une communication non verbale et non visuelle avec des êtres non humains, tels que des arbres, ses vignes ou celles de son voisin, le plus souvent afin de se mettre à l’écoute du bien-être et des besoins de ces êtres vivants, mais également parfois, afin de leur demander de se mettre au service de son bien-être à lui, en sollicitant leur propre capacité à soigner. Dans cette relation d’assistance mutuelle, il dit ne pas vouloir contraindre, mais toujours chercher à demander et parfois à convaincre. Aujourd’hui ses vignes vivent et produisent avec un minimum de mécanisation, sans produits phytosanitaires, sans ajout d’hormones (utilisées pour déstabiliser les papillons qui viendraient pondre dans les vignobles) et sans cuivre (bien qu’admis en viticulture biologique).

Cette lente dématérialisation, si elle emprunte au spirituel, n’est pas idéologique. Pierre-Alain s’est progressivement inscrit dans ce processus en se laissant guider par la sérendipité de certaines rencontres et expériences. Sa démarche est ainsi, à certains égards, proche de la démarche scientifique. Des conseils et résultats inattendus font émerger en lui des « hypothèses » nouvelles – une sorte de pressentiment que « ça » pourrait fonctionner. Souvent un peu sceptique à la base, l’entrepreneur-thérapeute raconte que, souvent, l’enchaînement des choses le convainc de remettre en question ses positions et l’amène à emprunter de nouveaux points de vue – et d’invu – et à abandonner certains procédés et en expérimenter d’autres. Toujours à l’écoute des feedbacks de l’agroécosystème à ses actions et pour faire face aux déséquilibres ponctuels, il continue à chercher ce qui pourra agir avec encore plus de subtilité : c’est toujours une discussion, avec beaucoup de respect, en essayant de trouver l’équilibre entre les parties en présence ». Cependant, à la différence de la démarche scientifique, l’entrepreneur-thérapeute est moins guidé par son intellect que par son ressenti et ses intuitions, l’essentiel n’étant pas forcément d’identifier avec précisions pourquoi il faut faire telle et telle chose, mais plutôt de tester ce que son intuition lui conseille : « Tu pensais que c’était impossible, puis tu vois, ça se fait tout seul. Redeviens enfant, émerveille toi ! Continue à croire en la vie, essaie même si ça semble impossible, essaie si ça marche. Des fois c’est Waouh : c’est possible. Accepter qu’une fois ça marche, une fois ça marche pas ; accepter ce qui est. »

Dans sa recherche de plus de subtilité dans la manière dont il met en forme cette intuition, il a opté pour une méthode presque totalement immatérielle : l’intention. Il procède par exemple en notant sur un bout de papier le message qu’il souhaite faire passer à ses vignes et aux autres éléments tels que le mildiou[9], il s’installe à un endroit et se concentre sur le message l’intention – à passer. Il a pu de cette manière établir un pacte avec le mildiou, en lui octroyant un certain « droit à exister », mais en établissant les limites de sa propagation : « Chaque chose, pas seulement des êtres, qui est sur un lieu, visible ou invisible, a une place ». Toujours dans cette logique d’assistance-mutuelle, l’entrepreneur-thérapeute a ainsi concocté des élixirs qui ne vont pas à l’encontre de ce droit à exister : c’est bien de l’amour-limace (et non de l’anti-limace) qu’il répand sur les lieux plus susceptibles de se faire envahir. Ces élixirs visent à demander aux limaces qu’elles ne se déploient que sur un territoire précis et délimité. Il souligne à ce propos que « ça ne veut pas dire que l’humain doit se retirer pour laisser la place à tout le monde ». Pour lui, les problèmes actuels viennent moins de la présence de l’humain que de l’omniprésence de l’ego. Face aux dérives de l’ego, qui s’impose souvent au détriment d’autres êtres vivants, il prône l’humilité et la communication, entre autres via l’intention. Cette posture s’accompagne cependant d’un retour en force de l’incontrôlabilité des dynamiques naturelles et humaines. Un élixir amour-limace offre sans aucun doute une plus grande marge de « négociation » aux limaces qu’un produit anti-limace. Pierre-Alain n’a ainsi d’autre choix que d’accueillir et de faire l’expérience de cette incontrôlabilité. C’est d’ailleurs cet aspect « non maîtrisable » de l’univers qu’il semble apprécier et qui est, selon lui, la source de ce qu’il entend par spiritualité : un profond respect de la nature nourri par la conviction « que ce monde du vivant a un sens ». Partant de cette conviction, il a progressivement élargi sa vision de l’agriculture et abandonné petit à petit toutes sortes de techniques qu’il trouvait peu adaptées à cette réalité.

Reprenant son chemin et descendant de la colline sur laquelle j’étais encore assise, il a brisé le silence en pointant en contre-bas un autre lieu, d’un tout autre registre, démontrant encore une fois sa capacité à rendre poreux des univers a priori hermétiques, et son goût pour créer et entreprendre justement à partir de ces nouveaux interfaces. Ce lieu devrait accueillir à terme projet de diversification d’une partie de son vignoble et de rénovation d’un vieil abri actuellement en ruine afin de la transformer en pépinière. La fin de la promenade m’a appris qu’il est en parallèle en train d’entreprendre plusieurs autres projets de différentes envergures: la réhabilitation d’une butte qui avait été construite pendant un PDC, censée être auto-fertile mais qui ne fonctionne pas bien – le bois enterré ne se décomposant pas car la terre est très sèche à cet endroit ; la plantation de noisetiers le long du chemin qui borde une de ses parcelles afin de faciliter la cueillette ; la création de deux jardins-forêts[10] et d’une petite pisciculture ; et un plus gros projet avec le WWF. Cette collaboration s’inscrit dans le cadre des actions du WWF visant à renforcer la connectivité écologique de milieu agricole[11] en augmentant ses potentialités à (re)devenir un refuge et/ou un lieu de passage pour certaines espèces d’oiseaux tels que le rouge-queue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) et le tarier pâtre (Saxicola torquata), tous deux potentiellement menacés. Avec l’aide du WWF, Pierre-Alain a tenté l’expérience sur une petite section d’environ deux mille mètres carrés, sur lesquels ont été plantés, aux côtés de ceps de vigne, différents arbustes et arbres fruitiers – perchoir et garde-manger pour les espèces cibles. Les critères et exigences que le projet impose laissent moins de liberté à Pierre-Alain dans l’aménagement et l’entretien de cet espace, mais permet, indirectement, d’asseoir les avantages de sa démarche, dont les méthodes restent peu partagées dans le milieu agricole.

Et pour cause, il souligne qu’être sensible à cette réalité spirituelle n’a pas que des avantages ; selon lui, les vignes, et plus généralement, les écosystèmes avec lesquels les agriculteurs travaillent, sont « éduqués », façonnés, à leur image. Ainsi, ses vignes seraient comme lui, plus sensibles aux éléments subtils et, ainsi, plus réactives aux intentions de l’agriculteur que les vignes voisines qui n’auraient appris à réagir qu’à des actions bien plus intrusives. Cela n’a pas que des avantages donc, car hypersensibles, les ceps sont ainsi réceptifs tant aux intentions positives et bienveillantes de Pierre-Alain, qu’aux tourments et au scepticisme de certains ouvriers agricoles. « Certains sont là pour le plaisir, pour la campagne, mais ils ne sont pas ouverts à mes propos. Ils cherchent chaque fois une réponse très terre à terre. Chaque expérience subtile est ramenée à quelque chose de bien concret. Souvent ils ne sont pas prêts de rentrer là-dedans ». Conjuguer avec l’invisible semble exiger une attention de tous les instants, aux humains et non-humains, bien loin du « laisser-faire » que prônent certaines agricultures alternatives. Pierre-Alain est encore à la recherche d’un moyen de rendre ses vignes moins « à la merci » des nombreuses personnes qui traversent quotidiennement son terrain et dont les intentions ne sont pas toujours les mêmes que les siennes. Cette sensibilité et cette fluctuabilité sont d’ailleurs au cœur de sa production de vin, que nous avons pu goûter ensemble durant le repas du midi du 15 décembre – preuve que ça pousse, ça se fructifie et ça se vinifie. Pierre-Alain admet volontiers que l’expérience offerte par la dégustation de ses vins est différente ; et peut-être pas au goût de tous. Comme l’a justement exprimé Christelle Pineau (2018, p.327), « les vins “nature” ont cette propension à déstabiliser tous les sens et les stimuler par contraste […] avec les vins stabilisés avec du soufre, et autres produits exogènes ». Le goût de son vin garde ainsi les caractéristiques de la réalité qu’il l’a produite : il est réellement incontrôlable et c’est cette contingence-là qui opère le glissement entre une simple dégustation et une réelle expérience dans les deux sens du terme : une expérience sensible et le résultat final d’une longue expérimentation.

L’abandon progressif de certaines techniques et l’adoption conjointe d’une myriade d’autres, toutes immatérielles qu’elles soient, ont des répercussions fortes sur le paysage. Si les agricultures hautement mécanisées modèlent encore aujourd’hui les campagnes, un retrait progressif des techniques fait place à de nouveaux paysages. Une promenade avec Pierre-Alain sur le coteau opposé à ses vignobles a suffi à en attester. Ces derniers sont complétement enherbés. Les limites perceptibles de ses parcelles, au milieu de parcelles brunies de ses voisins, montrent bien à quel point chaque technique offre un paysage unique. Ce ne sont plus les mêmes espèces qui poussent et pas aux mêmes endroits. Les pissenlits qui envahissaient rapidement ses vignobles au printemps ont progressivement laissé la place à une plus grande variété d’espèces, ce qui réjouit d’ailleurs Pierre-Alain : les pissenlits sont le signe d’un sol tassé. Il m’explique que lorsque le sol n’est plus compacté par le poids des machines ni appauvri par les produits phytosanitaires, les pissenlits s’effacent progressivement du paysage. La spiritualité qui a guidé le choix de techniques particulières s’accompagne ainsi de l’émergence progressive d’un nouveau paysage – dans l’acception que la philosophe François Jullien (2014) donne à ce terme : toujours en-deçà et au delà du visuel, le paysage est le fruit d’une tension entre « ce qui a forme et ce qui est sans forme ».

Figure 2 : Différence d’enherbement entre les vignes de Pierre-Alain (premier plan) et le champ du voisin (second plan)

Cette tension semble s’appliquer à toute la démarche de Pierre-Alain, entrepreneur dans le visible, thérapeute et patient de l’invisible. Les soins mutuels qu’ils s’apportent rendent poreuses la frontière entre Pierre-Alain, le paysage dans lequel ses projets prennent forme, et la multitude d’éléments invisibles qui les constituent.

Bibliographie :

Bergson, H., Castel, P. & Nouguez, E. (2013). Éléments pour une sociologie de l’entrepreneur-frontière. Genèse et diffusion d’un programme de prévention de l’obésité. Revue française de sociologie, 2(54), pp.263-302. DOI : 10.3917/rfs.542.0263

Bio Suisse (15.02.2012). Différences entre le bio de l’UE, le bio federal et le Bourgeon. [Rapport en ligne]. https://www.bio-suisse.ch/media/VundH/unterschiede_knospe-bio_f.pdf

Hart, R. (1996). Forest Gardening : Rediscovering Nature and Community in a Post-industrial Age. Totnes : Green Earth Books.

Jullien, F. (2014). Vivre de paysage ou L’impensée de la Raison. Paris : Gallimard.

Mollison, B. (1988). Permaculture: A Designer’s Manual. Tygalum : Tagari Publications.

Pineau, C. (2018). Anthropologie des vins « nature ». La réhabilitation du sensible. [thèse de doctorat en ethnologie]. Paris : Écoles des Hautes Études en Sciences Sociales.

WWF Vaud (2018). Projet « Connexions naturelles ». [en ligne]. https://www.wwf-vd.ch/themes-et-engagements/biodiversite/projet-connexions-naturelles/

[1] Le colloque en question, « Scientificité et spiritualité dans les agricultures alternatives », a eu lieu du 13 au 15 décembre 2017 à l’Université de Lausanne.

[2] Formation relativement standardisée de 72 heures minimum de design en permaculture initiée par le co-fondateur de la permaculture Bill Mollison dans les années quatre-vingt comme moyen de promouvoir la permaculture rapidement et de manière à conserver ce qu’il considérait comme « l’essence » de la permaculture (Mollison, 1988). Elle est également connue dans les milieux francophones sous les noms « Cours certifié en permaculture » (CCP) ou « Cours de design en permaculture » (CDP).

[3] Association qui reconnaît l’authenticité des certificats et diplômes attribués, et leur cohérence avec le programme originel défini par Bill Mollison en 1988. L’académie suisse de permaculture a finalement été constituée en août 2018 par un petit groupe de personnes dont Pierre-Alain Indermühle fait partie. http://www.academiesuissedepermaculture.ch/

[4] Pour compléter et approfondir les discussions que nous avions eues le 15 décembre 2017, lors de la visite organisée dans le cadre du Colloque « Spiritualité et scientificité dans les agricultures alternatives », je suis retournée chez Pierre-Alain fin avril 2018.

[5] Bio Bourgeon est un label de qualité national, plus exigeant que les normes définies par le bio fédéral et par l’Union Européenne (i.e. Label AB). Demeter est encore plus exigeant. C’est une marque internationale qui certifie les produits issus de l’agriculture biodynamique. Elle ne peut être obtenue que pour des produits précédemment certifiés « Bio » (Bio Suisse, 2012).

[6] Recrutés le plus souvent via la plateforme WWOOF, Worldwide Opportunities for Organic Farming www.wwoof-switzerland.info

[7] Aides financières, conditionnelles, liées à la politique agricole suisse, mises en place en 1992 en remplacement des « subventions ». Elles sont, à quelques aspects près, l’équivalent des aides directes versés aux agriculteurs dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC) dans l’Union européenne.

[8] https://www.terre-de-vie.ch/

[9] Champignon responsable des maladies cryptogamiques affectant régulièrement les vignobles.

[10] Terme popularisé par Robert Hart, qui fait référence à une forêt cultivée comestible, basée sur des observations scientifiques et intuitives des interactions entre différentes formes de vie (Hart, 1996). Le jardin-forêt s’est rapidement imposé comme une forme privilégiée de mise en œuvre de la philosophie sous-jacente à la permaculture.

[11] Ces projets que le WWF nomme « projets de connexions naturelles » sont pensés dans une logique gagnant-gagnant, ménageant les habitats de certaines espèces et les paysages associés tout en permettant aux agriculteurs de prétendre à des paiements directs liés aux prestations écologiques dans le cadre de la politique agricole suisse 2018-2021. (WWF Vaud, 2018).